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L’un des aspects les plus communs, et, parce que communs, les plus acceptés et normalisés du monde gynocentrique se trouve dans la différence de qualification quant aux pulsions sexuelles de chacun des deux sexes. Cette différence de qualification amène les femmes à être les gardiennes de l’accès aux rapports sexuels.

Gynocentrisme et sexualité

Cela peut sembler évident. Mais ne l’est pas tant que cela dès qu’on y réfléchit un instant : le désir masculin est en effet largement considéré comme une chose brute, brutale, parfois malsaine ou violente, dont les femmes ont en priorité à se méfier. A l’inverse, le désir et la sexualité féminins, eux, sont le plus souvent présentés comme vertueux, purs, spontanés, naturels. On encourage à se méfier de l’un, tout en célébrant l’autre, que l’on prétend injustement spolié par des siècles de patriarcat. Or cette accusation n’a que peu de fondement : des récits courtois aux lectures contemporaines (souvent inexactes et contraires à l’esprit de l’auteur) de Madame Bovary, s’il y a bien un désir que la société occidentale contemporaine accepte, célèbre et affirme comme légitime, c’est bien le désir féminin. Ainsi est-il sexy, libéré et acceptable qu’une femme s’achète un godemiché, par exemple, et en parle à ses copines. Mais l’homme qui ferait l’acquisition d’un fleshlight et s’en vanterait serait perçu comme un loser. De même, et pour rester dans le domaine des sextoys, les poupées sexuelles masculines sont des instruments de libération sexuelle, là où les poupées sexuelles féminines dégradent l’image de la femme et pervertissent la psychologie masculine. Ou encore, pour évoquer un cas récent : une youtubeuse sponsorisée par des fonds publics peut se permettre d’enregistrer le son de ses ébats avec un escort boy et d’en commenter la prestation. Qu’un de ses collègues masculins s’amuse à faire la même chose avec une prostituée et il y a fort à parier qu’il sera maudit sur treize générations, sans compter les conséquences judiciaires.

Cette différence de traitement implique une chose simple mais permanente : à certains égards, l’homme, dans la société gynocentrique, a toujours à faire excuse de son désir. Il doit en permanence, pour être autorisé à l’exprimer, le cacher sous d’autres traits. Il doit se montrer doux, courtois, bien élevé, bon pourvoyeur en ressources financières, matérielles ou symboliques, pilier émotionnel … bref, il doit démontrer qu’il est à même de répondre aux besoins de celle qu’il convoite, de combler son hypergamie. Il doit, pour être autorisé à la désirer et nourrir quelque espoir que ce désir débouche sur un accouplement physique, incarner un mieux dans sa vie, que ce mieux s’exprime sous la forme du couple de roman-photo dont elle rêve ou sous celle du simple renforcement narcissique, de la fierté de se taper le mâle alpha local. En aucun cas on ne demande aux femmes de justifier, de travestir ni de couvrir leur désir de la même manière, puisque le leur est pur par essence.

Stratégies de pouvoir

L’ensemble de la stratégie féministe visant, notamment, à faire interdire ou à rendre impossible la prostitution (tout en prétendant qu’elles le font dans l’intérêt des prostituées, bien entendu) doit se comprendre dans le cadre de cette lutte des sexes pour le pouvoir sur l’intime. Les hommes, hypogames par nature, tendent à vouloir un accès fréquent et facile à un grand nombre de femmes, en s’engageant le moins possible avec elles. Dans de telles conditions, une société réellement patriarcale autoriserait la prostitution de manière libre, légale et saine (et pourquoi pas remboursée par la Sécu ? Quand on sait les dégâts, tant pour la personne que sur la société, que peuvent faire l’isolement, la misère affective et sexuelle et la frustration, le point de vue se défend ; sans compter que bien des hommes traités aux antidépresseurs seraient sans doute bien mieux dans leur peau et bien plus heureux si, en lieu et place, ils pouvaient avoir accès à une professionnelle qualifiée de façon régulière ; privilégier l’humain au détriment du pharmaceutique, en somme). Et elle le ferait parce qu’institutionnaliser la prostitution détruirait de facto le pouvoir des gardiennes du temple de la sexualité. Un homme libéré de la nécessité de plaire pour désirer, et qui pourrait se contenter de payer pour cela, serait en effet un homme dangereux : il pourrait en venir pour quelques billets au même degré de détachement que celui de certains moines, ou encore des MGTOW monk, et sans que cela lui coûte des années d’introspection et de travail sur lui-même. La satisfaction facile de son désir immédiat, en l’amenant à un détachement d’avec la séduction, ruinerait, chez lui en tous cas, l’asservissement gynocentrique.

Couple et gynocentrisme

Le couple n’est jamais neutre, ni spontané : il est le produit d’une certaine société, d’une certaine civilisation.

Une friendzone généralisée

Car c’est bien d’asservissement qu’il s’agit. Dans leurs rapports aux femmes, un très grand nombre d’hommes, en effet, se montrent d’une patience, d’une soumission, d’une compréhension bien supérieures à ce qu’ils ressentent réellement, et ce exclusivement par désir inassouvi. Et ce désir est permanent. Pas un rapport avec une collègue, ni avec la commerçante du coin de la rue, qui ne soit teinté d’un soupçon de désir : pour peu qu’elle soit jolie, souriante, avenante, on en vient, tôt ou tard, à la fantasmer, et ce quelle que soit notre situation matrimoniale par ailleurs. L’animal qui est en nous repère comme partenaire potentielle toute femelle tant soit peu désirable dans notre entourage, quoi que notre ego rationnel en pense ou en juge. Et, si nous n’entrons pas avec toutes dans une parade amoureuse, il est rare que nous fermions définitivement des portes pour autant. Ainsi, la vie d’un homme est-elle jonchée d’une foule de petits services, de petites faveurs, de sourires, de coups de main à des femmes de leur entourage, ou même à des inconnues. On peut à bon droit considérer cela comme une forme mineure de candaulisme. Le fait est, en tous les cas, que celui qui ne s’y plie pas se place, de facto, hors des codes sociaux communément acceptés.

L’ensemble de ces actes, s’ils rendent la vie quotidienne des femmes dans leur ensemble plus facile et plus confortable, n’en sont pas moins motivés par le désir sexuel des mâles à leur encontre. On pourrait voir cela comme une sorte de friendzone générale de basse intensité : l’immense majorité des hommes bien dressés s’emploie, d’une manière légère pour chacun mais permanente, à rendre plus facile la vie de la plupart des femmes. Témoins de cet état de fait : les témoignages des trans passés d’une apparence féminine à une apparence masculine, et qui expliquent qu’ils sont désormais plongés dans un univers bien plus rude et plus brutal qu’auparavant : plus souvent arrêtés par la police, ils reçoivent moins d’égards au quotidien, ont davantage à faire leurs preuves, etc. Et cela n’a rien à voir avec une hypothétique transphobie : ils se trouvent seulement traités comme des hommes, c’est-à-dire dépourvus de la foule de petites faveurs qui faisaient, jusques là, leur quotidien.

Or ce n’est pas seulement l’éducation qui provoque ces faveurs : c’est aussi, et surtout, un fond de frustration sexuelle masculine permanente. Que ce besoin sexuel disparaisse et une large majorité des hommes en viendrait à considérer ces femmes non plus comme de charmants objets de désir mais comme des êtres humains que l’on peut juger à la même aune que les autres. Ce qui ne serait pas à l’avantage de certaines.

couple et concessions

Quelle que soit l’opinion qu’on a de son propre couple, force est de constater qu’il y a toujours un des impératifs qui doit être sacrifié : il s’agit soit de l’impératif hypergame, soit de l’impératif hypogame.

Le point important à saisir ici est que les stratégies sexuelles des hommes et des femmes sont à ce point opposées qu’il est difficilement concevable de parvenir à un point où les deux tendances, hypergames et hypogames, puissent être équitablement satisfaites : si l’un « gagne », l’autre « perd », et inversement. On peut certes envisager un point d’équilibre, qui ne serait entièrement satisfaisant pour personne mais permettrait à chacun d’obtenir un peu de ce qu’il veut. Mais cet équilibre fragile, qui était le couple traditionnel monogame, a été balayé par l’Histoire récente. Et les deux sexes sont désormais engagés dans une lutte, sourde mais durable, pour imposer leur propre agenda. Du côté féminin, l’hypergamie pousse à la recherche d’un accès illimité à des partenaires de la meilleure qualité possible. Du côté masculin, l’hypogamie pousse à la recherche d’un accès illimité au plus grand nombre de partenaires possible.

Cette lutte a toutefois un aspect paradoxal, lié aux réalités de la vie de l’un et de l’autre sexe et à l’évolution de la Valeur sur le Marché Sexuel de chacun au fil du temps : le marché en apparence dérégulé qui est le nôtre aujourd’hui favorise en effet bel et bien les femmes … mais seulement jusqu’à un certain point. Seulement tant qu’elles sont en mesure de s’imposer face à leurs concurrentes et à rafler les hommes de qualité qu’elles convoitent. La récente polémique autour de Yann Moix, qui a osé rappeler des réalités biologiques évidentes et renvoyer des ménopausées à leur statut réel en ce qui concerne la hiérarchie sexuelle, en témoignage : aucune cigale n’aime qu’on lui rappelle que l’été est fini. Personne n’aime perdre le pouvoir.

Car c’est bien de pouvoir qu’il s’agit. Dans un monde strictement androcentrique sur le plan sexuel, un grand nombre de femmes seraient tout simplement éjectées de la compétition à un point ou à un autre de leur existence : trop vieilles, pas assez jolies, pas assez souriantes, pas assez attentionnées. Même dans le cadre d’une réalité gynocentrique, celles que le temps ou leurs propres choix rendent moins attirantes sont les grandes perdantes de la bataille du sexe.

Contrôler la narration

Leur reste, cependant, encore un outil : celui du contrôle de la narration. Quiconque a la charge de l’éducation des enfants dispose, en pratique, du pouvoir de forger leur vision du monde. Des siècles durant, les femmes, si elles ont joué un rôle politique et social moins dominant en apparence que les hommes, ont formé et contrôlé les conventions sociales, définissant ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui est correct et ce qui ne l’est pas, ce qui est poli et ce qui est vulgaire, et ainsi de suite. Car pour les êtres humains, si les faits ont leur importance, le récit qui est donné de ces mêmes faits est au moins aussi capital. Le contrôle collectif des codes de culture et de civilité, au sein des sociétés occidentales, permettait ainsi aux femmes de promouvoir leurs intérêts par une forme d’influence souvent cachée mais néanmoins efficace : ainsi, il est utile de rappeler que c’est par exemple en grande partie d’un mouvement féminin (la WCTU) qu’est née la Prohibition aux États-Unis. Cette influence culturelle se doublait alors (et se double toujours dans les sociétés traditionnelles), parmi les hommes, d’une culture propre, transmise lors du passage à l’âge adulte : c’est là tout le sens des rites initiatiques, qui font passer le jeune homme dans une nouvelle réalité, et lui enseignent une vision des choses qui, sans forcément être en totale contradiction avec celle transmise par sa mère, s’en détache en partie.

maternité et pouvoir

Le pouvoir féminin sur la société s’est toujours manifesté par un pouvoir sur l’éducation.

Ce contrôle culturel, et en partie invisible, de la société, a changé de nature avec la montée en puissance des féminismes à la fin du vingtième siècle. Le nouveau récit, en effet, ne s’est pas contenté de promouvoir les intérêts des femmes en général : il a prétendu, en plus, écraser et nier les récits des hommes. Refuser l’existence de plusieurs narrations concomitantes, pour imposer une seule réalité.

La montée en puissance de ce récit féminin a poussé progressivement les hommes à se répartir, grosso modo, en quatre groupes : ceux qui acceptent de se soumettre aux impératifs des nouvelles maîtresses du jeu, ceux qui s’y opposent frontalement (quitte à payer de solitude cette prise de position), ceux qui tentent d’en subvertir les règles du jeu et ceux, enfin, qui choisissent de s’en retirer (MGTOW, hommes herbivores, etc). Le problème, c’est qu’aucun de ces quatre groupes n’est en mesure de proposer une alternative viable sur le long terme. En effet, s’ils venaient à dominer, chacun de ces groupes serait porteur de sa propre catastrophe à venir : qu’il s’agisse d’une dévirilisation complète de la société (qui précipiterait sa chute et sa dissolution), d’une réaction brutale (la fameuse Chariah Blanche chère à certains), d’un androcentrisme absolu ou encore d’une dénatalité complète. On peut objecter que justement, certains de ces groupes (MGTOW en particulier) ne sont pas destinés à dominer et n’en ont d’ailleurs pas la volonté : petites aristocraties initiatiques, leurs membres demeurent, par nature et par nécessité, isolés et rares.

Un nouveau rapport entre les sexes, et qui contrebalancerait le diktat du récit féministe, reste donc à inventer. Un rapport qui ne peut être, à un degré ou à un autre, que dominant pour l’un ou l’autre des deux sexes, sauf à revenir au couple traditionnel. Mais même ce couple-là ne pourrait, en aucun cas, être le même que celui d’il y a un siècle : l’Histoire ne repasse pas les plats et, les circonstances et environnements n’étant plus les mêmes qu’autrefois, le couple lui-même ne saurait être identique. Le chantier est devant nous. Et il est d’importance :  l’enjeu ne se situe pas seulement au niveau des satisfactions individuelles. Le couple, et, partant, la famille, forme en effet la brique de base de tout l’édifice social. En (re)définissant les rapports entre les sexes, c’est toute la société que l’on renforce ou que l’on ébranle. L’une des tâches des mouvements masculins, dans les années à venir, va consister non pas seulement à résister aux narrations féministes les plus délirantes, mais bien à proposer des alternatives viables, souhaitables et, socialement parlant, vertueuses. Cette réinvention des rapports, qui permettra de reconstruire sur les ruines laissées par le postmodernisme, ne peut que s’accompagner d’une réinvention des récits, des narrations, des légendes dont on pare le réel pour nous le rendre supportable. Il s’agit d’un travail culturel de longue haleine, qui, sans doute, ne fait que commencer.

Illustrations : Travis Grossen Wesley Balten photo-nic.co.uk nic jurien huggins

Martial
Martial
Martial ayant appris à tirer à l'école des Stormtroopers impériaux, il a fini par prendre conscience que la carrière militaire n'était pas pour lui. Depuis, il diffuse sur Internet sa haine et sa frustration à l'encontre de ces p*** de rebelles et de l'incompétence des ingénieurs de l'Empire. Actuellement, il dirige Neo-Masculin, collabore à École Major et participe au Café des Hommes.

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