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Splendeur et déchéance d’un mac. Classique de la culture populaire afro-américaine, Pimp retrace plus de vingt années d’un parcours de proxénète, dans le ghetto du Chicago de l’entre-deux guerres, et un peu au-delà. L’ouvrage dévoile les arrière-cuisines sordides d’un monde complexe, impitoyable, malsain, où les apparences et la manipulation font tout et sont partout.

Il n’y a pas, chez Iceberg Slim, de pauvres filles contraintes, le couteau sous la gorge, à tapiner pour récupérer leurs passeports confisqués par la mafia (comme dans les productions médiocres de Luc Besson, Taken notamment), mais un jeu pervers de dominant/dominé, dans lequel on ne sait plus très bien qui domine qui, entre un mac glacial et des prostituées psychologiquement ravagées, nouant des relations toxiques de dépendance réciproque.

Prestidigitateur mental, fin connaisseur des tréfonds de l’âme humaine, tour à tour mauvais garçon, pervers narcissique, amant sécurisant, le Pimp use d’une panoplie de stratagèmes pour sidérer, fasciner et maintenir sous emprise des femmes pourtant consentantes et largement prédisposées au racolage. Iceberg Slim est très certainement le premier mac à raconter dans les détails et à déconstruire ce subtil mécanisme, tel un magicien révélant le secret de ses tours au grand public. Il nous parle d’un monde où n’existent que deux catégories d’hommes : les macs et les pigeons. Si on n’est pas un mac, c’est qu’on est un pigeon, il n’existe aucune autre alternative. Pour garder une pute, il ne faut jamais faiblir, au risque d’être pris pour un cave. Le mac est en constante représentation, ne montre jamais ses sentiments, c’est “le salopard le plus seul de la terre”, défoncé en permanence à la coke et l’héro.

Séduisante dans la forme, incommodante, voire carrément abjecte dans le fond, la prose de Slim Iceberg, personnage peu aimable mais néanmoins intelligent, intéressant et même fascinant, hypnotise le lecteur comme le maquereau hypnotise ses filles. Oeuvre soit-disant rédemptrice, censée démystifier le proxénétisme, elle fascinera pourtant des générations entières, faisant de la figure extravagante du Pimp un incontournable de la blackspoitation et du rap américain, mais également, aussi surprenant et contestable que cela puisse sembler, un symbole d’émancipation.

Une oeuvre complexe et polymorphe, à la fois repoussante et fascinante, et qui nous emmène dans une plongée sans bouteilles ni préservatif jusque dans les tréfonds des ténèbres de l’âme humaine.

 

NeoMasculin
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Mors ultima ratio : faire la paix avec sa propre mort

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