Sophisme : deux exemples de plus

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Le sophisme est partout : dans la communication, dans la politique, dans la publicité. Ce type de raisonnement tordu, destiné à vous tromper, est toutefois facile à déjouer, à condition qu’on sache le reconnaître. En voici deux de plus…

 

Appel à l’ignorance

Le sophisme dit ad ignorantiam repose sur le fait qu’on ne connaisse pas tout du sujet ou que des éléments soient encore contestés par certains scientifiques, experts, policiers, etc.

Il y a appel à l’ignorance quand on affirme que puisqu’il n’y a pas de preuve, alors la chose est vraie (ou fausse). Exemples :

  • Malgré toutes les discussions qu’il y a eu autour, on n’a jamais été en mesure de capturer ni d’identifier un seul OVNI. Donc le phénomène n’existe pas.
  • Un mois s’est passé depuis la publication de notre nouveau règlement de copropriété et personne n’est venu s’en plaindre. Donc c’est que le règlement convient à tout le monde.
  • Personne ne peut affirmer qu’il existe des problèmes de cohabitation entre différentes cultures et ethnies en France, puisque les statistiques ethniques sont interdites. Donc il n’existe aucun problème de ce type. 

 

Renversement de la charge de preuve

C’est un sophisme très proche de l’appel à l’ignorance mais subtilement différent. Normalement, c’est à celui qui affirme l’existence d’une chose de prouver que cette chose est réelle, jamais à celui qui en doute. Le renversement de la charge de preuve consiste à faire exactement le contraire : demander à celui qui ne vous croit pas de vous prouver que vous avez tort. Le problème, c’est que la preuve négative est impossible : on peut montrer qu’une chose existe mais jamais qu’elle n’existe pas du tout.

Quelques exemples de renversement de la charge de preuve :

  • Tant que vous ne m’avez pas prouvé que le monstre du Loch Ness n’existe pas, je continuerai à affirmer qu’il existe.
  • Je crois en Dieu parce que personne ne m’a jamais prouvé qu’Il n’existait pas.
  • Je crois en l’existence d’une licorne rose, géante, volante et invisible se nourrissant essentiellement de pizza aux ananas ; seuls ceux qui croient en elle peuvent percevoir sa présence. Vous ne pouvez pas me prouver qu’elle n’existe pas, donc elle existe.

 

Se protéger de ce type de sophisme

Pour penser juste et se prémunir du renversement de la charge de preuve comme de l’appel à l’ignorance, souvenez-vous du sain principe d’Euclide : Ce qui a été affirmé sans preuve peut être nié sans preuve. On peut ajouter à ce principe de base un corollaire pratique : Une affirmation ordinaire demande des preuves ordinaires ; une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires.

En clair : si votre collègue de travail Machin vous dit qu’il a passé ses vacances sur la Côte d’Azur, ça ne va normalement pas perturber votre vision du monde ; au fond, vous vous en foutez complètement. Vous pouvez le croire sans preuve.

Si par contre vous savez que Machin déteste la mer, est allergique à l’iode, n’aime ni le soleil ni la foule et passe habituellement toutes ses vacances en Lozère, vous pouvez lever un sourcil et lui demander pourquoi il a, cette année, fait le choix de la Côte d’Azur, car en ce cas ce qu’il vous dit contredit ce que vous savez sur son compte. Pour autant, vous n’êtes pas obligé de lui demander des preuves, et vous contenter de trouver cela surprenant.

Si Machin vous dit qu’il a passé ses vacances dans la villa d’une star de cinéma sur la Côte d’Azur, que cette star est une amie proche et qu’ils se connaissent depuis toujours, vous êtes en droit, surtout s’il n’en a jamais parlé auparavant, de demander des photos pour vous convaincre.

Si Machin affirme que la star en question est en réalité un dragon habilement grimé, que lui-même est un hybride humain-dragon et d’ailleurs qu’il va régulièrement sur Sirius pour ses week-ends, vous êtes en droit de ne pas le croire sur parole, sauf s’il vous apporte des preuves sérieuses de ce qu’il avance (en vous emmenant faire un tour sur Sirius également, par exemple).

Julien
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