Stoïcisme : une pensée plus que jamais d’actualité

241
0
Share:
stoïcisme : une pensée virile

École de philosophie grecque, puis romaine, le stoïcisme a été l’un des courants de pensée dominants dans le monde méditerranéen jusqu’à la christianisation de l’Empire Romain. Même après cette date, le stoïcisme a continué à influencer la pensée occidentale, des moines médiévaux à Spinoza et de Saint Augustin à Descartes. S’intéresser à la pensée stoïcienne, c’est donc porter son regard vers certaines des racines les plus profondes de la pensée occidentale ; vers une philosophie qui a bâti des cités et soutenu des empires des siècles durant. Celle d’Epictète et de Zénon d’Utique, de Marc-Aurèle et de Sénèque.

La durée de la vie humaine est un point ; la matière, un flux perpétuel ; la sensation, un phénomène obscur ; la réunion des parties du corps, une masse corruptible ; l’âme, un tourbillon ; le sort, une énigme ; la réputation, une chose sans jugement.
Pour le dire en somme, du corps, tout est fleuve qui coule ; de l’âme, tout est songe et fumée ; la vie, c’est une guerre, une halte de voyageur ; la renommée posthume, c’est l’oubli.
Qu’est-ce donc qui peut nous servir de guide ? Une chose et une seule : la philosophie.

Marc-Aurèle

Penser le stoïcisme, c’est aussi s’interroger sur l’une des pensées dominantes d’un monde pré-chrétien, et se demander, peut-être, quel usage on peut en faire dans un monde post-chrétien. Attention : il ne s’agit en aucun cas de reproduire la pensée des Anciens : la transposer telle qu’elle aujourd’hui n’aurait pas de sens. Penser le stoïcisme aujourd’hui, ce n’est pas penser comme un stoïcien d’antan. C’est penser après lui et à partir de lui.

Une physique de ce qui est et de ce qui n’est pas

Les choses sont, dans le stoïcisme, divisées en deux catégories :

  • Les existants, qui ont des corps et peuvent donc être perçus par les sens (un arbre est un existant, tout comme un être humain, la mer, la terre … bref, tout ce qui est matériel).
  • Les subsistants, qui sont dépourvus de corps (entrent donc dans cette catégorie : les concepts, les idéologies, les croyances, les rêves, les sentiments, et ainsi de suite).

En cela, le stoïcisme est bien l’enfant de la pensée grecque, qui différencie les atomes matériels des simulacres (atomes de la perception et de la pensée). Ces notions semblent anecdotiques mais elles sont en réalité capitales : ainsi, le stoïcisme affirme par exemple que les dieux sont des subsistants. Ils sont réels, parce qu’un concept est une chose bien réelle, mais ils ne doivent pas être perçus comme des existants.

De la même manière, cette physique stoïcienne permet également de définir certains aspects de la politique. On définira de la sorte une politique comme un subsistant influant sur l’existant, mais devant à son tour être influencé par l’existant pour rester juste, en un jeu d’allers et de retours entre la théorie et la pratique. En revanche, une politique injuste sera une politique dans laquelle ce cycle est brisé, et le subsistant influence l’existant sans être influencé par lui, ou en n’étant influencé que par d’autres subsistants : l’idéologie hors-sol, déconnectée du réel.

Le savoir et la raison

Dans le stoïcisme, la connaissance d’une chose part de la perception qu’on en a, et qui imprime une impression dans notre esprit. Cette première perception, combinée avec le jugement de notre esprit, donne une première opinion concernant cette chose. Cette opinion doit ensuite être confrontée à la raison : si elle passe l’épreuve de la raison, elle devient un savoir. La raison est en effet perçue par le stoïcisme comme nécessairement critique : elle est là pour « purifier » nos perceptions et nos impressions. Penser rationnellement, c’est donc d’abord penser contre soi-même et contre les impressions a priori que nous avons : être critique de ses propres certitudes et savoir les remettre en question. La raison stoïcienne se distingue d’ailleurs de la logique pure : elle comprend bien une part de logique, mais à laquelle s’ajoute la connaissance du monde et de son fonctionnement. Là encore, on voit l’affirmation d’une pensée qui s’ancre dans le réel et ne veut pas se limiter à des spéculations intellectuelles. Cette conception du savoir a également au moins trois autres conséquences :

  • Il n’y a aucune connaissance possible de ce qui n’est pas perceptible. Plus généralement, plus grande est la distance entre nous et une expérience personnelle et immédiate d’un fait, plus grand le risque pour que notre jugement ne soit pas pertinent.
  • Cependant, quelle que soit notre distance avec un fait, la raison reste seule maîtresse, et seule juge de ce qui est et de ce qui n’est pas. Ainsi, la logique et le savoir sont à l’origine de toute science et de toute sagesse. Une idée qui ne relève ni de la logique, ni de la connaissance du monde et de l’ordre de la nature est une forme de folie.
  • Toute spéculation sur des choses qui n’ont aucun impact sur le réel est inutile, creuse et vaine : c’est du temps perdu.

 

Un Univers rationnel

Les stoïciens considèrent le monde comme rationnel : tout effet provient d’une cause, toute cause provient elle-même d’une arrière-cause, et ainsi de suite. Qui connaît toutes les causes d’un événement peut en prédire les effets. Il n’y a pas de hasard : il n’y a que des causes inconnues ou mal comprises. Rien n’est surnaturel, puisque, par définition, la nature englobe tout ce qui est. Une grande force est à l’œuvre dans tout l’Univers : la tendance à l’auto-conservation. Ainsi, chaque être, chaque chose, tend à préserver sa propre existence, sa propre nature et sa propre intégrité. Ainsi va l’ordre du monde. On n’est pas loin du conatus de Spinoza. 

Par ailleurs, le stoïcisme ne différencie pas nature et culture : le fait, pour les hommes, de vivre en société et de construire les concepts qui permettent le maintien de cette vie en commun (lois, coutumes, traditions, États), n’est pas étranger à la nature. En d’autres termes : il est dans la nature de l’Homme d’avoir une culture. Et cela implique qu’il y a, dans les penchants naturels de l’homme, un sens moral qui le pousse à certains devoirs vis-à-vis de ses semblables et de la société dans son ensemble. La société elle-même n’est pas considérée comme vertueuse, ni bonne : au contraire, elle est souvent décrite comme pervertie et malsaine. Mais elle est un mal nécessaire, car elle est le lieu de vie des hommes ; il convient d’accepter les perversions de la société, comme un animal accepte l’existence des incendies de forêt ou des tremblements de terre : on peut les combattre, on peut les fuir, mais on ne peut pas les éviter. Il ne convient pas de pleurer leur existence, mais bien de se demander comment on peut vivre avec eux.

Un universalisme politique

Les stoïciens considèrent tous les êtres humains comme également doués de raison et de sens. Idéalement, ils devraient tous collaborer pour le bien commun. Mais ils ne peuvent le faire, car seuls les sages (c’est-à-dire ceux qui sont doués de vertu, voir plus bas) sont capables d’une telle vision des choses. La plupart des hommes, en effet, sont des fous ou des imbéciles, et faute d’être un jour éclairés et de prendre le chemin de la sagesse, ils le demeureront toujours.

Dieu stoicisme

Le Dieu du stoïcisme n’est pas du genre à vous emmerder avec des commandements abscons et se moque complètement des détails de votre existence.

Un Dieu peu encombrant

Si, dans le stoïcisme, les dieux sont des êtres subsistants, et donc purement conceptuels, il n’en va pas de même pour Dieu. Car oui, les stoïciens croient en Dieu. Encore faut-il Le définir correctement. En réalité, le Dieu stoïcien est la cause originelle : quand on examine un événement et qu’on en détermine la cause, puis la cause de la cause, puis la cause de la cause de la cause, et ainsi de suite, on doit fatalement, à un moment ou à un autre, parvenir à l’origine de tout, à une Cause Première, elle-même incausée. Un « premier moteur, lui-même immobile ». C’est ce que les stoïciens, reprenant à leur compte une définition d’Aristote, appellent Dieu.

Dieu est un existant. C’est même l’existant suprême. Mais à l’exception de cela, on ne sait rien de Lui, sinon qu’Il a mis en mouvement la grande mécanique du monde. Depuis cette pichenette originelle, Il n’agit plus sur le monde, et laisse faire. A vrai dire, on ignore même s’Il est encore là. Mais comme Sa volonté, Son action et les lois de la Nature ne sont qu’une seule et même chose, ça ne fait pas une très grande différence.
Comme on le voit, c’est un Dieu peu encombrant, qui n’est que l’origine et le garant de l’ordre du monde. Voltaire, avec son horloger, n’avait rien inventé.

 

Stoïcisme et destin

Parce que l’univers est rationnel et que la science permet d’en prévoir les mouvements, tout ce qui arrive devait arriver. Rien n’est juste, rien n’est injuste : les événements sont, un point c’est tout. La cause ultime qui les a mis en mouvements en est l’origine et la raison suprême, et ce depuis le commencement des temps. Ce qui ne signifie pas que nous ne sommes responsables de rien : nous avons notre part de libre-arbitre mais cette part est limitée par notre idiosyncrasie, par les événements, par les autres, etc.

Tout cela conspire à créer, pour chacun d’entre nous, un fatum, ou destin. Ce destin, tissé de toute éternité et dont nous pourrions connaître à l’avance chacune des étapes si nous connaissions l’intégralité des causes et des conséquences à l’œuvre, nous ne le choisissons pas. Nous le subissons et ne pouvons rien y faire. La part de liberté que nous avons réside dans la manière dont nous réagissons aux événements, et seulement dans celle-ci.

 

Penchants et passions

Dans l’ivresse de la passion, l’âme ne s’appartient plus à elle-même.
Sénèque

Notre destin définit nos inclinaisons naturelles : ce sont nos désirs, nos tendances, nos goûts. Ces inclinaisons naturelles ne sont en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises : elles font simplement partie de notre être. En revanche, elles peuvent être perverties, notamment sous l’influence d’une société elle-même perverse. Les inclinaisons perverties deviennent des passions, c’est-à-dire des douleurs de l’âme. Une passion, c’est un jugement de l’âme qui nous prive de notre maîtrise de nous-même, et donc de notre vertu.

L’homme, pour devenir sage et donc heureux, doit apprendre à diriger ses penchants et ses désirs de manière à ce que ceux-ci ne soient ni des aliénations, ni des entraves à sa raison. Pour cela, il doit apprendre à désirer des choses conformes à son dessein, et non à chasser des chimères.

stoicisme et passions

Les passions ne sont rien d’autre que des écrans de fumée qui nous cachent le monde et la raison

Les choses désirables

L’homme sage est celui qui parvient à sculpter ses désirs pour que ceux-ci se conforment à sa nature, à son destin et à son idiosyncrasie. Les choses qu’il est sage et moral de désirer sont :

  • La santé, physique et mentale, pour soi d’abord, pour ceux qui nous sont chers ensuite, pour tous les Hommes en troisième lieu.
  • Un bien-être matériel suffisant (là encore pour soi, puis pour les siens, puis pour tous, dans l’ordre) : il ne s’agit pas de courir après la richesse et l’argent à tout prix, mais seulement de faire en sorte qu’on n’ait pas à souffrir de faim, de soif, de froid, etc. Le bien-être matériel n’est donc utile qu’en tant que facilitateur et condition de la santé.

Au-delà des choses matérielles, il y a une chose et une seule qui soit réellement désirable : c’est la vertu. Identifiée à la prudence aristotélicienne, la vertu stoïcienne est, en pratique, ce qui nous permet de juger en toute rationalité de ce qui est bon ou mauvais, souhaitable ou non, et de ce qu’il convient de faire. C’est donc un mélange de raison, de maîtrise de soi et de sens du devoir. On retrouvera cette notion plus tard, aussi bien chez Saint Augustin que chez Spinoza.

Une autre définition de la vertu stoïcienne, plus complète et davantage inspirée par la pensée idéaliste de Platon, voit la vertu comme un tout cohérent mais composé de quatre éléments, de la même manière que le monde est un tout composé des quatre éléments primordiaux. Les quatre éléments de la vertu sont :

  • Sophia : la sagesse, la raison
  • Andreia : le courage, la virilité
  • Dikaiosyne : la justice
  • Sophrosyne : la tempérance

On peut d’ailleurs considérer cette liste comme étant composée de deux paires opposées mais complémentaires : ainsi, la raison bien comprise est une forme de courage et de virilité intellectuels, puisqu’elle permet de se confronter à soi-même comme le courage permet de se confronter aux autres ; la justice consiste à agir avec morale, respect et équité envers les autres, tandis que la tempérance consiste à agir avec morale, respect et équité envers soi-même. L’homme sage est celui qui cultive ces quatre qualités et les maintient en équilibre.

Quelle que soit la définition choisie, on en revient toujours au même point : une vie vertueuse est une vie guidée par la raison, dans laquelle l’homme se refuse à céder à ses peurs, à ses passions néfastes, à sa colère, à ses excès, mais, au contraire, mène une existence libre, parce que maîtrisée. Le contrôle de soi et de ses propres pulsions est à la base de toute l’éthique stoïcienne.

Quant aux relations humaines, le stoïcisme se concentre en particulier sur l’amitié. Les autres relations (et notamment celles de famille) relèvent de la notion de devoir social : elles sont importantes également mais apportent davantage la satisfaction du devoir accompli qu’une quelconque joie réelle. Mais l’amitié (virile), c’est autre chose : c’est un mélange de loyauté, de tendresse et de franchise, qui, dans cet univers où les êtres sont la plupart du temps confrontés à eux-mêmes et au monde, permet de se reposer enfin sur quelqu’un. Et l’amitié est soutenue par la parrhésie.

Le stoïcisme considère la parrhésie comme l’une des suprêmes qualités et la marque d’une amitié réelle entre des individus. La parrhésie, c’est le fait de pouvoir tout dire (même ce qui fait mal) à une personne à qui on fait confiance et dont on honore la raison, sans craindre que cette personne se fâche ou le prenne mal. On distingue d’ailleurs les amis véritables au fait qu’on puisse pratiquer avec eux la parrhésie.

 

Le but de l’existence et de la philosophie

Que toutes tes pensées soient telles que si on te demandait à tout instant ce que tu penses, tu puisses toujours l’avouer sans honte ni mensonge. 
Marc-Aurèle

L’objectif de la philosophie stoïcienne est de permettre à l’homme de se libérer des maux qui le rongent. Pour cela, il est invité à la vertu. C’est par la vertu et la connaissance de lui-même, des autres et du monde qu’il peut parvenir au bonheur. Lequel bonheur n’est pas décrit comme un panard intégral et perpétuel, mais bien comme une absence de troubles, comme une forme de plénitude et de quiétude intérieure.

Les malheurs des hommes, dans le stoïcisme, ne proviennent pas des événements eux-mêmes mais de l’idée que nous nous en faisons. Comme le disait Epictète : « Ce qui trouble l’homme, ce ne sont pas les existants, ce sont les représentations qu’il s’en fabrique ».

Un événement advient, et c’est tout. Il n’est ni juste ni injuste, ni bon, ni mauvais. Mais la manière dont nous y réagissons, et les choix que nous faisons à son égard, déterminent si nous en souffrirons ou pas. La douleur physique elle-même n’est intolérable que si on décide qu’elle l’est : bien souvent, elle n’est qu’une passion passagère, qui peut être rationalisée et maîtrisée au même titre que les autres.

Pour le stoïcisme, une existence vertueuse est donc une existence heureuse, puisqu’elle dispense l’homme des passions, et donc de la douleur morale. Cette vertu entraîne la modération : il est plus facile de changer ses désirs que l’ordre du monde ; aussi faut-il consentir à l’ordre du monde, accepter notre place dans celui-ci et apprendre à aimer son destin.

stoicisme amor fati

L’amor fati, ça n’est pas le fatalisme dépressif : c’est aller au bout de soi-même

La morale stoïcienne est cependant loin d’une morale de l’inaction, ni de l’acceptation de tout. Au contraire, elle recommande de prendre conscience de la nature profonde de son idiosyncrasie. Cette prise de conscience nous permet de réaliser quelle est notre marge de manœuvre véritable dans notre existence, et quel est notre destin. L’homme qui s’oppose à son destin se condamne au malheur. Celui qui y consent peut mener une vie heureuse.

Consentir à son destin (amor fati) ne veut pas dire accepter en silence ce qui nous tombe dessus. Cela veut dire prendre conscience de qui on est. Découvrir, en nous, quels sont nos potentiels et réaliser ces potentiels-là, plutôt que de courir après des objectifs contraires. En d’autres termes : si je réalise que je suis doué pour le sport davantage que pour la musique, par exemple, essayer de me réaliser en tant que sportif, au lieu de souhaiter devenir un musicien. Si je me rends compte que j’ai du bonheur à enseigner et un don pour cela, me tourner vers l’enseignement, même si ma culture familiale ou mes proches pensent que je devrais faire autre chose. Bref : se découvrir soi-même pour réaliser sa propre excellence dans le domaine vers lequel nous pousse la nature, Dieu et notre idiosyncrasie (ce qui revient au même). Vivre en accord avec sa nature et avec les autres, dans le cadre d’une société envers laquelle on reconnaît avoir des devoirs (il n’est jamais question de droits). Accepter le réel comme il est, et accepter l’idée que quand il donne tort à la théorie, c’est le réel qui a raison.

Stoïcisme d’aujourd’hui

Il appartient à chacun de mener sa barque comme il l’entend.
Sénèque

Peut-on encore être stoïcien aujourd’hui ? Non seulement on le peut, mais, pour le tenant d’une pensée virile, on le doit. Le stoïcisme n’a rien d’un anachronisme : au contraire, il est un guide de survie intellectuel et moral pour l’homme plongé dans la société. Dès qu’on se penche sur cette pensée, on s’aperçoit de son incroyable richesse et de la profonde sagesse qu’elle charrie. Philosophie de la vie juste et équilibrée, de la maîtrise de soi et du devoir, le stoïcisme n’est finalement pas très éloignée du confucianisme (lui aussi grande pensée impériale, à sa manière). C’est une pensée du réel, de la volonté, de la détermination, de la responsabilité individuelle, du fatalisme bien compris mais surtout de la paix intérieure. Qui vit en stoïcien constate le mal sans s’en émouvoir, et laisse les perversions de la société glisser sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il ne trouve pas révoltant que les serpents mordent : il se contente d’apprendre à éviter les serpents. Pensée Pilule Rouge bien avant la lettre, le stoïcisme est l’un des exemples les plus aboutis d’une authentique pensée virile. 

 

Pour aller plus loin : lire les stoïciens

Parce que rien ne remplace l’abord direct du texte, voici une petite sélection de livres stoïciens. Typiquement le genre d’ouvrage à offrir à quelqu’un qui est aux frontières de la Pilule Rouge mais manque encore de quelques concepts opératifs pour franchir le pas. Mais aussi le type de livre qu’on peut souhaiter avoir chez soi, simplement pour les consulter de temps à autre. Les Pensées de Marc-Aurèle et les Lettres à Lucilius de Sénèque, en particulier, sont des livres à « picorer » : un peu comme les Essais de Montaigne, c’est le genre de bouquin qu’on garde sur sa table de chevet, qu’on ouvre de temps en temps pour lire quelques pages, puis qu’on médite jusqu’à la prochaine fois. Le Manuel d’Epictète se lit très vite, en un après-midi, mais c’est le genre de livre qu’on aime bien garder, relire, feuilleter à l’occasion.

Pour ce qui est du niveau de difficulté : Marc-Aurèle est sans doute le plus facile, pour le lecteur novice en matière de philosophie et de pensée antique. Il est très clair et très « moderne » par certains côtés. Epictète n’est pas bien difficile non plus. Sénèque, tout en restant accessible, est un peu plus touffu et demande une lecture plus attentive et plus longue : plutôt pour ceux qui sont de bons lecteurs en général.

Illustrations : Steve Halama pine watt Warren Wong Jordan Wozniak

Martial
Share: