Tolérance : la voie du relativisme et du sous-homme

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tolérance, relativisme et hypocrisie

L’ouverture d’esprit, l’ouverture aux autres, la tolérance : ces thèmes et leurs synonymes abondent dans le langage médiatique contemporain. Et en général, tout cela amène au même point ou émane de la même idée de base : le relativisme moral, sous le masque de la vertu. Or une morale qui, dans sa forme comme dans sa manifestation, change selon les situations et les besoins, ça n’est pas une morale.

La langue médiatico-politique actuelle abonde en expressions liées au relativisme moral : on nous parle d’ouverture, de diversité, de refus des normes oppressives archaïques. Ce relativisme est même considéré comme la plus haute et la plus noble des vertus : celle de la tolérance, supérieure, dans la doxa contemporaine, à toutes les autres.

Relativisme : de la tolérance au néant

Le relativisme moral (qui consiste à refuser de placer un système moral, fut-il le système dominant dans la société, au-dessus des autres) et l’idée que la morale est elle-même relative sont deux concepts distincts mais intrinsèquement liés, l’un entraînant nécessairement l’autre à moyen terme. Si ce qui est moral pour les uns ne l’est pas pour les autres, alors pourquoi et au nom de quoi imposerait-on un code de conduite général ? Chacun étant différent et unique, pourquoi tisserait-on de grands récits collectifs ? Cette doctrine de la tolérance, en se basant sur le fait (établi et indiscutable) que la morale n’est pas la même partout, prétend qu’il ne faudrait pas, dans un cadre civilisationnel donné, en promouvoir une en particulier. Affirmer, dans un cadre sociétal spécifique, la prééminence d’une forme de pensée morale (c’est-à-dire d’une culture : celle qui a donné naissance à la société en question) reviendrait à soutenir un ignoble racisme, une intolérance crasse, et l’exclusion de ceux qui ne « pensent pas pareil ». Bref : ce serait la voie royale vers les bottes ferrées, la musique qui marche au pas, les discours du Caudillo et les heures les plus noires de notre histoire.

Afin de faire reculer le spectre du fascisme, il conviendrait donc de ne jamais soutenir quelque système que ce soit, d’accepter tout et n’importe quoi. Bref : parce que des systèmes moraux ont produit des résultats violents ou indésirables par le passé, il conviendrait de tous les refuser, y compris ceux qui ont produit des résultats vertueux. Mieux encore : il s’agirait de ne plus juger de ce qui est vertueux et de ce qui ne l’est pas. Au nom de la morale tolérante, prôner le nihilisme.

Le relativisme est un idéal de lâche et de crétin

Idéal de crétin et de lâche, le relativisme suggère qu’il serait possible d’agir en être moral sans ne jamais fâcher personne.

Un monde sans vérité

Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
Molière – Dom Juan

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le relativisme moral nous enseigne qu’il n’y a pas de Vrai, pas de Beau, pas de Juste. La vérité est relative, la beauté est dans l’œil de celui que regarde, la justice n’est acceptable que tant qu’elle se comporte en mère aimante et généreuse, jamais en père sévère et posant des limites. Dans ce monde d’enfants mal élevés, 2+2 peuvent ou non être égaux à 4, mais affirmer que 4 est le résultat correct et que toutes les autres réponses sont erronées fait de vous un fasciste.

Ce relativisme a aujourd’hui touché un très grand nombre d’aspects de la civilisation occidentale, qu’il s’agisse du monde médiatique, de la sphère politique, ou même, plus générale, de la bonne conscience générale : impossible, aujourd’hui, de se targuer d’appartenir au camp du Bien si l’on n’a pas, auparavant, piétiné la morale de grand-papa et estimé que la civilisation qui vous a donné le jour n’est pas, fondamentalement, meilleure que toute autre ; si vous pouvez aller jusqu’à prétendre qu’elle est la pire de l’histoire humaine et que vous avez honte d’être un occidental, c’est encore mieux.

Or le relativisme moral n’est pas sans conséquence. Il ne s’agit pas d’un simple virtue signaling, du moins à l’échelle globale. Bien entendu, à l’échelle individuelle, l’imbécile qui s’en pare le fait généralement pour des raisons purement esthétiques et sans y avoir réellement réfléchi une seule seconde. Il le fait parce que c’est bien, parce que ça le rend plus sexy niveau moraline et parce qu’au fond de lui, il se sait assez minable pour ne rien pouvoir mettre d’autre en avant dans sa course effrénée à l’attention d’autrui. Au niveau général, cependant, cette attitude amène au déclin et à la mort de tout ce qui dépend d’absolus moraux : la foi, l’honneur, le patriotisme, intégrité, le sens de la parole donnée … bref toutes les architectures intellectuelles et affectives qui, sans être écrites dans quelque loi que ce soit, établissent des fondations solides à la société et à la civilisation à laquelle elles se rapportent. Car c’est bien du socle fondateur de la civilisation qu’il s’agit : toute civilisation relève d’un ensemble d’interdits, de tabous, ou, à l’inverse, de totems. Des éléments forts, qui structurent l’imaginaire, contraignent les pulsions, créent certes des névroses mais canalisent l’énergie des individus dans une direction commune. Sans ce socle, il n’y a pas de civilisation : il n’y a qu’un agrégat d’isolats, d’individus hétérogènes, chacun courant après son petit bout de jouissance immédiate dans un grand affrontement de tous contre tous.

tolérance, bêtise et lâcheté

La tolérance est parfois une vertu. Mais bien plus souvent, elle n’est que le masque de la bêtise et de la lâcheté.

Un idéal de liberté perverti

Le relativisme moral n’est pas une voie de libération, car la liberté ne consiste pas à faire exactement tout ce que l’on veut, sans condition ni contrôle. La liberté consiste à consentir aux lois qui nous semblent justes et à vivre sous leur joug, que ces lois soient officielles ou officieuses, écrites ou implicites. Le relativisme moral, lui, au nom de la tolérance, prône en réalité la lâcheté ; la peur d’affirmer des valeurs claires et de vivre selon ces valeurs.

L’une des preuves de l’effondrement de nos sociétés du fait de la montée de ce relativisme moral, c’est justement la prolifération des initiatives gouvernementales (grands plans, lois, contrats, etc.) visant à faciliter ou à inciter au vivre-ensemble, à la tolérance, à la compréhension mutuelle. Or une société saine et moralement structurée n’a pas besoin de telles choses : elle peut faire confiance à l’éthique et à la morale de ses citoyens. Dans le même temps, en bon pompier pyromane, l’État n’a de cesse de saper les bases fondamentales de la morale commune et de l’instruction (parfois à coups de pompes dans le cul, il est vrai) généralisée de cette morale au plus grand nombre : fin du service militaire, sabotage de l’école, destruction programmée de l’université, méfiance à l’égard des églises et des structures théologiques (sauf celles sponsorisées par l’Arabie Saoudite ou le Qatar, bien entendu : il faut bien remplir les caisses noires), et, plus généralement, mépris global pour la culture locale, la morale commune et le peuple en général.

Transvaluation

Le résultat de cette contorsion politico-médiatique est une transvaluation globale : une inversion de toutes les valeurs. Les vertus deviennent des vices et les vices, des vertus. Pour parvenir à mettre en place ou à participer sciemment à une telle propagande, il faut déjà être soi-même parvenu à un degré de bêtise, de corruption physique et morale ou de perte de valeurs que l’on ne vit déjà plus dans le même monde que le reste de la population. C’est le cas de l’immense majorité de nos politiciens et de la quasi-totalité de nos journalistes. Ces deux castes, qui en réalité ne font qu’une (celle des professionnels du Spectacle) ont en commun de croire que le chaos sociétal, émotionnel, moral et intellectuel est une forme de liberté de pensée.

Car dans le monde du relativisme moral, il n’y a pas de Raison : il y a l’émotion. Il n’y a pas d’éthique : il y a la loi, et ce que la loi n’interdit pas ne saurait être immoral. l n’y a pas de bravoure : elle est remplacée par la couardise, qui se travestit sous le masque de la tolérance. Il n’y a pas de puissance : elle cède la place à l’abandon et à la paresse, présentées sous les traits de l’ouverture. L’intégrité personnelle et le sens de la morale ? Une forme d’intolérance. La maîtrise de soi et la canalisation de ses pulsions par une discipline personnelle ? Des marques de masculinité toxique. Savoir qui l’on est et tenter de faire au mieux avec son idiosyncrasie ? La preuve d’un enfermement dans une pensée cisgenre et hétéronormée oppressive et restrictive. L’affirmation que le réel existe ? La marque d’une profonde intolérance transphobe, à la limite du fascisme.

relativisme arme de minable

Grâce au relativisme moral, le dernier des minables peut encore, en toute bonne conscience, se sentir moralement supérieur à ses prédécesseurs.

Le mensonge de la neutralité

Les tenants du relativisme moral sont également attachés à l’idée d’une certaine forme de neutralité morale : on devrait pouvoir considérer les actions d’une personne tierce sans les juger, en le replaçant systématiquement dans un certain contexte, et en partant du principe, lorsqu’on ne le connaît pas, que ce contexte existe et qu’il permet de justifier ou d’expliquer ces actions, hors de toute notion de bien et de mal.

D’un point de vue spéculatif ou de celui de la psychologie ou de la sociologie, cela peut en effet être très intéressant. Mais s’en tenir à ce type de point de vue, c’est rater le sens et l’intérêt de la morale commune.

La morale commune ne sert pas (uniquement) à décider de ce qui est bon et de ce qui est mauvais d’une manière arbitraire : elle sert à établir des règles communes permettant la vie en société, dans un contexte culturel et historique défini. Un être qui n’obéit pas à ce lois peut très bien avoir d’excellentes raisons de le faire ; il n’en demeure pas moins inapte à vivre dans la même société que ceux qui tiennent à ces lois.

Il est absolument illusoire de croire que nous pourrions ne pas juger les autres. Nous les jugeons en permanence. Que nous le voulions ou non et que nous l’avouions ou pas. Et nous jugeons négativement ceux dont le comportement ne correspond pas à notre idée de ce qu’une vie en société exige.

Aussi le relativisme moral et la tolérance béate qu’il encourage n’ont-t-ils que peu à voir avec la grandeur d’âme ; et l’être qui les pratique est loin, très loin d’être moralement supérieur à ses contemporains. En réalité, il s’agit exactement du contraire : le grand tolérant, l’être qui se veut ouvert au monde et qui se défend de juger son prochain ni de projeter sur lui une morale qu’il ne partage pas forcément n’a rien d’un individu supérieur ; sur le plan éthique, c’est un sous-homme, incapable d’articuler un code moral strict, incapable de vivre selon des règles établies, incapable d’affirmer les valeurs pour lesquelles il est prêt à se battre. Un être sans honneur, sans attachement, sans architecture intérieure propre à canaliser ses pulsions. Un Dernier Homme se parant des couleurs de la tolérance pour mieux justifier son incapacité à être, tout simplement, un homme digne de ce nom.

L’être authentiquement viril, au contraire, prend acte de l’existence, en ce monde, d’une infinité de codes moraux contradictoires. Et il ne cherche pas à les concilier en un unique gloubiboulga pseudo-tolérant : il adhère à celui qu’il a choisi, de manière complète et intègre, en comprenant et en acceptant le fait que cela l’amènera nécessairement, tôt ou tard, à s’opposer à d’autres hommes, eux aussi sincères, non moins respectables, mais qui seront ses adversaires. Accepter la nature polémique du monde, comprendre que tout ne peut pas être concilié et que, dans certains cas, le conflit est la seule issue possible : telle est, en la matière, la voie virile. 

Illustrations : Lidya Nada Braydon Anderson Charles Deluvio 🇵🇭🇨🇦 Jon Tyson

Martial
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