Viol et fausses accusations de viol : quelques chiffres précis

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Fausses accusations de viol

Les grands médias et la presse en général relaient régulièrement, en ce qui concerne les viols et agressions sexuelles, des chiffres inquiétants. Selon les sources et le degré de sérieux de chacune, on parle d’une femme sur deux ou sur trois, d’une femme sur vingt par an, ou autre. Suite à notre article récent sur les fausses accusations de viol, nous avons reçu quantité de courriers outragés, venant de personnes choquées (et n’ayant sans doute pas lu l’article, qui ne fait en aucun cas l’apologie de ce crime), dont beaucoup nous rappelaient que seule une infime minorité des plaintes se révélaient au final fausses. Une infime minorité, vraiment ? Essayons d’y voir un peu plus clair.

Chaque année en France, les services de police et de gendarmerie enregistrent environ 10 000 plaintes pour viol, et 14 000 plaintes pour agression sexuelle. Le taux d’élucidation de ces affaires est important : en effet, ce sont, chaque année, 7800 viols et 11 000 agressions sexuelles qui sont élucidées. Par élucidation, il faut comprendre : identification d’un suspect ou d’un accusé. Les accusés sont des hommes à 97.5%. Ces élucidations donnent lieu à des procès, qui amènent à 1700 condamnations par an pour viol, et 6500 condamnations pour agression sexuelle.

Ce qui signifie que 21.5% des accusés sont déclarés coupables. 78.5% d’entre eux ne sont donc pas condamnés, soit qu’ils soient effectivement absolument innocents, soit que l’acte n’ait pas pu être prouvé. Et si l’on compare les condamnations aux plaintes, plutôt qu’aux procès, on obtient un taux de 83% de plaintes n’aboutissant à rien, toutes causes confondues (génie du crime ayant parfaitement dissimulé son forfait, cas trop confus ou trop peu évident pour être considéré comme pénalement répréhensible, simple mythomane, affabulatrice, manipulatrice, etc.). Et contrairement aux affirmations de nombreuses publications féministes, qui prétendent que les accusations de viol mensongères ou fantaisistes sont quasiment inexistantes, en réalité elles constituent une proportion certaine des plaintes. Mais combien au juste ?

Combien de viols en France

Combien de viols réels ? Combien de plaintes sincères ? Les chiffres ne sont pas faciles à obtenir et peuvent être triturés de bien des manières…

La légende des 25%

Ces mêmes groupes et publications prétendent également, études fort sérieuses (et purement déclaratives) à l’appui, qu’en réalité, il y a bien plus de femmes violées que cela, mais qu’elles ne portent pas plainte parce qu’elles n’osent pas, qu’elles reçoivent des pressions, etc. Il y en a, en effet. Mais en l’absence de leurs déclarations précises et de plaintes constituées, établir leur nombre réel relève, au mieux, de l’estimation au doigt mouillé. Et celles qui prétendent que ces victimes non déclarées sont en nombre gigantesque se placent dans la même position que ces politiciens qui, disant incarner une énorme majorité silencieuse, finissent par faire 0.5% quand il s’agit de passer aux urnes.

L’origine de la légende selon laquelle une femme sur quatre serait violée au cours de sa vie provient d’une étude, datée de 1985 et produite par Mary Koss, une féministe de combat. Cette dame peut difficilement être considérée comme fiable et neutre en de telles matière : en effet, elle déclarait en 1982 que « Le viol est un acte extrême mais qui s’inscrit dans le continuum des comportements masculins normaux au sein de la culture commune » : pour elle, la différence entre un acte sexuel consenti et un viol n’est donc qu’une question de degré, pas de nature.

En 1985, Mary Koss produisit une étude qui fit grand bruit (Koss M, 1985) et dont les chiffres sont encore utilisés aujourd’hui. Elle interrogea plus de 3000 étudiantes, à qui elle posa un grand nombre de questions, telles que :

  • « Un garçon vous a-t-il déjà embrassée sans que vous ayez donné votre autorisation auparavant ? »
  • « Avez-vous déjà eu des rapports sexuels après avoir bu ? »
  • « Un homme vous a-t-il déjà prise par la main ou par la taille sans votre consentement explicite ? »
  • « Avez-vous déjà eu un rapport sexuel avec votre petit ami sans que celui-ci vous demande explicitement votre consentement auparavant ? »
  • « Votre petit ami a-t-il déjà initié un rapport sexuel alors que vous étiez endormie ? »,

Koss considéra comme victimes de viol ou de tentative de viol, ou en tout cas victimes de la « culture du viol », toutes celles qui avaient répondu oui à au moins une de ces questions. Le mythe selon lequel une femme sur quatre serait une victime de viol provient de cette étude. Or Koss a du viol une définition extrêmement large; si large que la plupart des personnes qu’elle considère comme des victimes ne se définissaient pas elles-mêmes comme telles. En fait, 73% des personnes que Mary Koss identifiait comme des victimes déclaraient qu’elles ne l’étaient pas. L’un des éléments majeurs du credo féministe consiste à dire qu’il faut toujours croire une femme qui déclare être victime; mais Koss va plus loin : pour elle, il ne faut même pas la croire quand elle déclare ne pas être victime.

C’est pour répondre à ce problème, et parce que les chiffres qu’elle avançait ne correspondaient en rien à ceux du système judiciaire américain, que toute une littérature s’est ensuite développée, ne remettant jamais en cause les conclusions de Mary Koss mais imaginant une série de concepts à même d’expliquer cette différence. Koss ne pouvait pas avoir tort : c’étaient les autres mesures qui étaient forcément inexactes. Ainsi, furent inventées les notions de hidden rape et unacknowledged rape (le fait qu’une victime puisse être violée mais ne pas s’en rendre compte. Sic), par exemple. Autant de concepts qui permettent de soutenir des chiffres fantaisistes et de hurler à la culture du viol. Il s’agissait donc avant tout d’un travail idéologique : prouver que les femmes étaient bien victimes, y compris quand elles ne se considéraient pas comme telles. On est un peu dans la même logique que celle des abolitionnistes de la prostitution : peu importe ce que disent les principales intéressées, nous, nous savons que nous avons raison parce que nous sommes dans le camp du Bien.

Attention : il y a bel et bien des viols qui ne font pas l’objet de plaintes. Mais puisqu’ils ne font, par définition, l’objet d’aucune statistique juridique, leur estimation précise est forcément floue et nébuleuse. Cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas. Mais cela veut dire qu’on peut difficilement en connaître le nombre puisqu’on se base pour cela sur des études uniquement déclaratives et donc sur des évaluations improuvables. Or le déclaratif, et surtout le déclaratif plusieurs années après les faits, ne peut en aucun cas être considéré comme un élément fiable : les témoignages varient, les gens oublient, extrapolent, mentent, se mentent à eux-mêmes, etc. La mémoire n’est pas un enregistrement précis de tous les faits de notre vie : c’est une histoire que nous ne cessons de nous re-raconter à nous-même, en la déformant au passage. Valse avec Bachir, par exemple, donne une belle illustration de la différence entre mémoire, témoignage et histoire, sur un autre thème.

Mary Koss hystérique

D’après Mary Koss, il n’y a pas de différence de nature entre une relation hétérosexuelle consentie et un viol

Un problème de définition

Un des principaux problèmes qui se posent dans le cas du viol quand il s’agit d’en évaluer l’ampleur est qu’il constitue un crime dont la définition varie d’un pays à un autre, d’un système légal à un autre, d’une époque à une autre. Un crime, également, qui, sauf grossesse à la suite du rapport, ne laisse de trace physique et constatable que durant un délai relativement bref. D’où la difficulté à trouver des statistiques fiables. On peut par exemple songer au cas de la Suède, pays où la définition est si large qu’elle touche quasiment au délire : rappelons par exemple les accusations de viol pesant sur Julian Assange concernent, pour l’une des deux plaintes, un rapport sexuel consenti, au cours duquel le préservatif aurait craqué : la victime supposée ayant consenti à un rapport protégé seulement, elle estime qu’Assange n’a pas pu ne pas s’apercevoir que le préservatif avait été défaillant, et qu’il s’agit donc d’un viol, puisque le rapport ne s’est pas déroulé dans les conditions initialement souhaitées. D’après le droit suédois, ce type d’accusation est recevable. A l’inverse, dans plusieurs pays, comme l’Inde, le viol conjugal n’est pas pénalisé, et, d’après une étude, plus de 90% des policiers ne voient pas pourquoi il faudrait poursuivre un homme au motif qu’il a eu un rapport sexuel avec une femme sans son consentement. Au Pakistan, le viol est même normatif à certains égards : pour réparer un viol commis contre sa sœur, un homme peut être autorisé à violer la sœur du coupable, et tout le monde est considéré comme quitte. Si nos systèmes occidentaux sont imparfaits, on est donc très loin des « cultures du viol » véritables, au sein desquelles ce crime est absolument banalisé. Ce type de différence dans la définition et la criminalisation du viol rend problématique toute comparaison internationale à grande échelle, c’est pourquoi nous nous en tiendrons, dans le cadre de cette article, à ce qui concerne le contexte occidental.

Même dans ce contexte très protecteur des femmes (l’Occident contemporain reste à la fois la zone géographique et la période historique où les femmes sont les plus protégées par la société dans toute l’histoire humaine), la définition que Koss a du viol ne correspond à celle d’aucun des systèmes judiciaires actuels. De plus, dans la réalité, de nombreux cas tombent dans des « zones grises », où, si le consentement positif n’est pas entièrement avéré, le refus ne l’est pas non plus, voire où la victime a eu un comportement ambigu ou pouvant prêter à confusion. C’est ce qu’avaient relaté par exemple plusieurs interviews diffusés par France Culture, dans lesquels on pataugeait en plein dans cette zone grise. Ils étaient intéressants à plusieurs égards, notamment parce qu’ils mettaient l’accent sur la difficulté à définir le crime quand il avait lieu, la peur de le nommer de certaines victimes, la mauvaise foi patentée de certaines pseudo-victimes.

Bref : si le viol est facile à définir dans le cas « idéal » de la joggeuse agressée dans un parc par un inconnu armé, ce type de scénario est en réalité loin d’être le plus courant et, dans la plupart des cas, les choses sont beaucoup plus compliquées que cela : s’y mêlent de l’affect, des rapports familiaux, conjugaux ou amicaux, des rancœurs personnelles ou des culpabilités … autant de chose qui contribuent à rendre souvent très flous les contours de cet acte, autant quand il s’agit de définir une victime que de caractériser un agresseur en tant que tels.

Les statistiques de viol sont difficiles à établir

Les statistiques concernant les viols sont difficiles à établir avec précision : le sujet est ultra-sensible et il est souvent problématique de l’aborder avec sérénité.

Fausses accusations de viol : combien de divisions ?

En ce qui concerne les fausses accusations de viol, un credo féministe courant voudrait que moins de 2% des accusations soient infondées. En d’autres termes : dès qu’une femme se déclare victime, c’est qu’elle l’est, quasiment à tous les coups. Le problème, c’est que des études sérieuses font, elles, état de chiffres bien plus élevés.

Un avertissement tout d’abord : bien entendu, on ne peut étudier que les cas ayant réellement fait l’objet d’une plainte ou d’une enquête. Les cas purement déclaratifs, du genre tweet #metoo, ne peuvent avoir aucune valeur légale, ni statistique. 

L’étude estimant le chiffre le plus élevé a été produite entre 1984 et 1993 par Eugene Kanin (Kanin, 1994). Le chercheur a collaboré avec le service de police d’une petite agglomération, et a étudié le nombre de plaintes pour viol qui étaient déposées, ainsi que la manière dont elles étaient résolues, et finalement la proportion de ces plaintes qui s’étaient révélées mensongères. Il obtient un chiffre de 41%. Ce qui est énorme. Bien entendu, les chiffres de Kanin ne peuvent être extrapolés à la société au sens large : il a certes étudié son sujet sur le temps long (près de 9 ans) mais a limité son étude à une petite bourgade américaine spécifique. Rien ne permet donc d’affirmer que l’on puisse appliquer les statistiques de Kanin à l’ensemble de la société occidentale, et son étude a été par la suite critiquée sur le plan de la méthodologie. Il relève trois motivations principales pour expliquer le comportement de celles qui émettent des plaintes mensongères : attirer l’attention et la sympathie, se venger d’une personne et se donner un alibi (pour une relation sexuelle, généralement extraconjugale, par ailleurs consentie).

Une autre étude (MacLean, 1979), celle-ci en médecine légale, portant sur les accusations de viol dans les transports en commun de Glasgow, parvient à des chiffres d’un ordre de grandeur équivalent, encore que plus nuancés : sur l’ensemble des cas traités, les médecins ont relevé environ 45% de plaintes absolument sincères et authentiques, 9% de plaintes considérées comme vraisemblablement sincères, 18% de plaintes vraisemblablement fausses et 28% de plaintes absolument fausses. Même en prenant la probabilité la plus en faveur des plaignantes (en supposant, donc, que les cas « vraisemblablement faux » sont en réalité tous vrais), on arrive à presque un tiers de plaintes mensongères. L’étude de MacLean, comme celle de Kanin, pêche cependant par son petit nombre de cas traités, ainsi que par le fait qu’elle est très localisée et peut difficilement être étendue à l’ensemble de la société. Il n’en demeure pas moins qu’elle donne des chiffres assez impressionnants.

Une étude plus récente (Lisak, 2010), réalisée auprès des services de polices enregistrant les plaintes d’étudiantes dans une grande université américaine, arrive, quant à elle, sur dix ans à environ 6% de cas de fausses accusations. Compte tenu du faible nombre de cas (139 plaintes en tout et pour tout sur dix ans), l’auteur estime cependant là aussi qu’il est difficile d’établir une statistique précise et considère que le chiffre réel doit se situer au dessus des 2% mais en dessous de 10%. Là encore, cependant, se pose le problème de la singularité du lieu : on est dans un contexte particulier (celui d’un campus), avec une population particulière (jeune, favorisée, éduquée) : ces chiffres peuvent difficilement être étendus à l’ensemble du corps social.

Un important travail de recherche publié l’an dernier (De Zutter, Horselenberg & van Koppen, 2017) donne des chiffres à peu près équivalents à l’étude de Lisak. L’étude remarque tout d’abord qu’au cours des dernières décennies, la définition d’une fausse accusation de viol a changé et est devenue plus restrictive qu’auparavant. Des plaintes qui auraient autrefois été considérées comme des accusations mensongères font désormais l’objet de simples non-lieux. En se basant sur les statistiques du FBI, les chercheurs sont parvenus à un chiffre situé autour de 6%, soit cinq fois plus que la moyenne des crimes et délits. Et ceci en se limitant strictement aux cas purement imaginaires, dans lesquels rien ne s’était passé entre la plaignante et l’accusé. Les chercheurs font également état de difficultés considérables à établir des chiffres précis, en raison des différences de définition et des méthodologies souvent vagues employées. Ils critiquent notamment les méthodologies purement déclaratives, ne reposant sur aucun examen clinique ni aucune plainte déposée, qui n’offrent donc aucune forme de garantie ni de certitude quant aux résultats.

De nombreuses autres études donnent des chiffres plus ou moins comparables à ceux de De Zutter : entre 3% et 22% (Kelly, 2005), ou encore 11% (Lea, 2003). D’autres avancent des statistiques bien plus élevées : 24% (Grace et al, 1992), voire 45% (Gregory & Lee, 1996). Il n’est pas impossible que les différence s’expliquent également par une évolution des mœurs au fil du temps : ainsi, le fait que notre société tolère bien mieux qu’il y a quelques décennies une certaine forme de libertinage féminin et d’adultère réduit considérablement l’influence de la motivation de l’alibi définie par Kanin. Il est donc tout à fait possible que chacun de ces chiffres soit proche de la vérité, dans un contexte et en un temps spécifiques. Plus de détails ici.

Évolution dans le temps

Il est frappant, par ailleurs, de constater la différence entre la sensibilité d’une société à une question et l’évolution réelle de ses mœurs. Ainsi, sans doute l’Occident n’a-t-il jamais autant parlé des viols et d’agressions sexuelles, alors qu’il s’agit d’un crime qui est globalement plutôt sur le déclin. Bien entendu, il continue à exister, et bien entendu, même s’il n’y avait qu’une seule victime par an, ce serait encore une victime de trop. Mais en 25 ans, le nombre de cas a été divisé par deux au sein des pays développés, ce qui tend à indiquer que nous évoluons, à tout le moins, dans une bonne direction. Nos sociétés deviennent donc plus sensibles à ce type de crime à un moment où il devient moins courant. Preuve qu’engouement médiatique pour un thème et réalité de terrain sont deux choses très différentes.

Une fausse accusation de viol n’a rien d’anodin : de nombreux suicides sont causés chaque année par de telles mises en accusation mensongères.

Que peut-on en conclure ?

D’abord et avant tout qu’il est difficile de conclure. Les chiffres sont nombreux et souvent contradictoires. Quelques grandes tendances se dessinent néanmoins :

  • Oui, les fausses accusations de viol existent. Et elles sont nombreuses. Le viol fait partie des crimes pour lesquels les fausses accusations sont les plus courantes.
  • Non, ces fausses accusations ne constituent pas la majorité des plaintes déposées. La majorité des plaintes est sincère, même dans les scénarios faisant état d’un grand nombre de fausses accusations. 
  • Toutefois, la définition-même du crime peut varier d’un lieu à un autre, ce qui rend problématique l’extrapolation des statistiques.
  • Mais dans tous les cas, le chiffre de 2% est faux, les fausses accusations de viol étant au minimum trois fois plus nombreuses. Même en admettant le chiffre, très bas, de 6%, on est loin de l’infime minorité : cela signifierait, par exemple, que plus de 1400 des plaintes déposées chaque année en France pour viol ou agression sexuelle sont en réalité mensongères et malveillantes. Même si ça n’est pas la majorité, loin s’en faut, c’est tout sauf négligeable.

Ce que beaucoup de gens ont du mal à comprendre, c’est que le fait d’établir que de fausses accusations de viol existent n’équivaut en aucun cas à minimiser le crime, ni à prétendre qu’il n’existe pas. Le fait que les authentiques violeurs sont des criminels ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’innocents accusés à tort. Par ailleurs, des définitions comme celle de Koss, en assimilant à une agression sexuelle le fait de se faire saisir la main sans son consentement, ne sont dans l’intérêt de personne, et surtout pas des victimes, dont la souffrance se trouve alors considérée comme équivalentes à ce qui relève de menus désagréments relationnels. On a là affaire à une véritable insulte aux victimes réelles et à un mépris de leur douleur. 

Et les hommes ?

Gynocentrisme oblige, les chiffres que l’on peut trouver concernant le viol ne concernent pour la plupart que les cas dans lesquels une femme est la victime et un homme est l’accusé. Il existe peu de statistiques fiables concernant les autres situations. En France, en particulier, le viol carcéral fait partie des grands tabous administratifs : classé dans les statistiques officielles parmi les agressions entre détenus, il ne fait pas l’objet de recherches particulières. Aux États-Unis, on estime qu’entre 5 et 25% des hommes incarcérés sont violés au cours de leur détention (les chiffres varient beaucoup en fonction des ethnies, les Blancs et les Asiatiques étant les premières victimes, ainsi que les hommes jeunes et ceux soupçonnés d’être homosexuels; les différences viennent aussi des méthodes de calcul et de grandes disparités entre établissements pénitentiaires, certains étant plus protecteurs des détenus, d’autres laissant faire davantage). L’administration américaine estime que chaque année, plus de 215 000 hommes sont violés derrière les barreaux. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec celui des femmes victimes de viol aux États-Unis, qui est quant à lui estimé à environ 190 000 (viols et abus sexuels confondus). Cela signifie que la seule population carcérale masculine (environ 2 millions de personnes aux USA) subit davantage de viols chaque année que l’intégralité de la population féminine (environ 160 millions de personnes). En l’absence de statistiques en Europe, il est bien évidemment impossible de conclure que ce fait nous concerne également. Quand on parle de viols cachés, il y a cependant là un exemple frappant qui, étrangement, est bien peu médiatisé.

Illustrations : Gabriel Matula Anthony Intraversato Piron Guillaume James Bak Andrew Neel

Martial
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