Vitalisme, masculinité et virilité : une éthique de l’après-effondrement

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vitalisme et virilisme

Nous avions déjà, il y a quelque temps, évoqué le vitalisme comme possible base d’une éthique virile contemporaine, ne comportant que le moins possible d’irrationalité et propre à être adoptée y compris par des hommes ne croyant en aucun dieu ni en aucun parti. Une fondation sur laquelle s’appuyer pour rebâtir, sur les ruines laissées par un post-modernisme nihiliste.

Nous évoquerons ici les liens que l’on peut établir entre vitalisme, masculinité et pensée virile, ainsi que les apports que l’on peut tirer de philosophies anciennes pour enrichir ces notions.

Définition des termes

Avant toute chose, rappelons les termes dont nous allons nous servir ici, afin de ne laisser la place à aucune ambigüité. Nous allons parler de vitalisme, de masculinité et de virilité.

  • Le vitalisme est une posture philosophique mettant la vie, à la fois en tant qu’existence et en tant que processus biologique, au centre de l’éthique. Elle postule, pour simplifier, que tout ce qui favorise la vie est positif, et que tout ce qui favorise ou encourage la mort est négatif.
  • La masculinité est le fait d’être un humain de sexe masculin, c’est-à-dire d’être équipé d’une paire XY de chromosomes. La masculinité fait partie de l’idiosyncrasie de tous les mâles. Elle n’est ni choisie, ni modifiable. La masculinité, c’est le fait d’être un mâle.
  • La virilité est une disposition intellectuelle, qui, si elle est plus courante chez les mâles que chez les femelles de l’espèce, peut néanmoins être partagée par les deux sexes. La virilité est avant tout une forme de résistance aux agressions extérieures, mais elle se manifeste également dans le fait de cultiver un certain nombre de vertus viriles, telles que la raison, le courage, la loyauté, l’honneur, le civisme, la responsabilité, etc. La virilité, c’est donc le fait de se comporter en homme, au sens traditionnel du terme.

Cela étant établi, la question du jour est : comment aborder l’éthique vitaliste en tant que mâle et en tant qu’homme ?

D’abord en admettant une double tendance de l’être humain : deux pulsions contradictoires, que nous appellerons Pulsion de Vie et Pulsion de Mort. Cette théorie des deux pulsions, développée par Freud dans Au-delà du principe de plaisir,  n’a pas vraiment réussi à s’imposer par la suite au sein de ses disciples. Et c’est dommage, car elle offre une grille de lecture certes imparfaite mais néanmoins efficace de nos comportements.

Adhérer à une éthique vitaliste, c’est rejeter Tanathos et rendre un culte à Éros.

Éros et Thanatos

La Pulsion de Vie, également appelée Éros, est proche à bien des égards de la Grande Santé nietzschéenne; c’est l’ensemble des instincts et des tendances qui nous poussent à conserver la vie en nous, mais aussi à créer, entretenir ou protéger les unités vitales qui nous entourent et nous englobent : la famille, le clan, la nation. Ces pulsions offrent à l’individu la possibilité non seulement d’exister lui-même mais de poursuivre et d’étendre son existence au-delà de lui : en ayant une descendance, en contribuant à l’avenir du groupe, en laissant une postérité littéraire, intellectuelle ou scientifique, ou tout simplement en construisant une maison ou en plantant un arbre. Le vieillard de 95 ans qui, sentant la mort arriver, se met à planter des chênes devant sa ferme en expliquant à ses arrière-petits-enfants que “Il faut penser à l’avenir : un jour ou l’autre, vos petits-enfants auront besoin de refaire ces charpentes.” obéit très clairement à la Pulsion de Vie : il sait que le vivant ne commence ni ne s’arrête à lui et que si sa propre existence est limitée, l’influence qu’elle peut avoir sur la vie qui vient ensuite l’est beaucoup moins.

Éros nous pousse donc à nous maintenir en bonne santé, à faire de notre corps l’outil le plus performant et le plus puissant possible, mais aussi à avoir une descendance, à nous rapprocher des autres, à créer des liens, à améliorer les comportements et les relations humaines. Tout cela relève de la Pulsion de Vie. Relève également de la Pulsion de Vie tout ce qui nous pousse à sacrifier un peu de notre bonheur ou de notre confort égoïste pour le plus grand nombre, pour le groupe, pour la société.

La Pulsion de Mort, quant à elle, est appelée Tanathos. Elle représente tout ce qui nous pousse à retourner à l’état anorganique, ce merveilleux état d’avant notre conception, dans lequel nous ne sentions rien, et donc ne souffrions pas, puisque nous n’existions pas. La Pulsion de Mort est un instinct de retrait de la vie, quand nous constatons que la souffrance est l’essence-même de l’existence. Tanathos, c’est donc tout ce qui fait que, faute d’être assez courageux, déterminés ou structurés pour affronter les douleurs du réel, nous nous replions sur nous-même; nous tentons d’exister moins, ou moins pleinement, pour moins souffrir. Nous nous remplissons de bouffe, de nicotine, de THC, de sexe, de haine de nous-même ou de haine de l’autre, pour tenter de combler notre vide intérieur. Nous nous goinfrons de virtuel et de superficiel, pour oublier que le réel nous est pénible. La Pulsion de Mort peut également se manifester de manière plus discrète, plus perverse, mais non moins dangereuse : elle est présente dans toutes les idéologies qui séparent l’être humain de la Nature, qui prétendent qu’il peut (ou doit) s’en détacher, voire la corriger : aussi trouve-t-on des traces de Tanathos jusque dans des idéologies qui prétendent lutter pour la vie, comme le trans-humanisme ou certains antispécismes.

A la fois sadique (haine, destruction de l’autre, destruction du groupe et de la société) et masochiste (drogue, obésité, haine de soi, haine de son corps et de son idiosyncrasie…), la Pulsion de Mort ne fait pas que s’opposer à Éros : elle danse avec lui un tango d’amour-haine, d’attraction et de répulsion, entre rejet et fascination.

Tout l’enjeu du vitalisme réside dans le fait de préférer Éros à Tanathos, tout en ayant conscience que Tanathos sera toujours en nous et qu’en certains cas, ce sera même notre seul recours. Un recours cependant dangereux : un pacte avec le Diable que nous pouvons être amenés à nouer de temps à autre mais dont il faut s’avoir s’arracher à temps. Il convient, bien entendu, de ne pas pêcher par appel à la nature : tout ce qui est naturel n’est pas bon et bien des choses naturelles sont dangereuses, brutales ou liées à la Pulsion de Mort. En revanche, rien de ce qui encourage à oublier ou à nier la nature humaine comme la Nature tout court ne saurait se rapprocher d’Éros.

Vitalisme vie et mort

Eros et Tanathos sont opposés mais indissociables, comme un objet et son reflet dans le miroir.

Tout vient du réel et tout y retourne

Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous pouvons faire du temps qui nous est imparti.
J.R.R. Tolkien – Le Seigneur des Anneaux

Un autre point essentiel d’un mode de pensée contemporain néo-vitaliste est le rapport au réel : le vitalisme se fonde en effet sur l’existence de la vie, qui est indéniable. Or toute pensée réellement virile part du réel et y retourne : les circonvolutions esthétiques, les idées sans fondement et les théories qui n’ont pas d’application sont, au nom du rasoir d’Ockham, à écarter d’un processus intellectuel viril. Si une pensée ne change rien au monde, à nos actions ou à notre existence, alors elle ne vaut pas la peine de s’encombrer avec elle : une telle pensée peut être amusante sur l’instant, elle peut être considérée comme un jeu de l’esprit, mais certainement pas comme une base sur laquelle construire une morale ou un code de conduite au quotidien. Une telle disposition semble aller de soi, certes. Mais quand on se penche attentivement sur les idées qui nous entourent, qu’on nous souffle à l’oreille ou qu’on nous hurle, par médias interposés, en permanence, on se rend compte qu’un très grand nombre de ces concepts sont vides et creux. Ils ne contiennent rien, sinon les mots pour les dire. Toute idéologie qui nie le réel ou n’en tient pas compte peut être assimilée à la Pulsion de Mort. Les SJW ne sont pas dangereux parce qu’ils sont des SJW mais parce que leur idéologie obéit à Tanathos.

Vitalisme et pulsion de mort

La plupart des combats SJW sont, en pratique comme dans leurs résultats, des odes à Tanathos.

Partir du réel c’est d’abord, assumer son corps et son idiosyncrasie : si vous êtes issu de la rencontre d’un spermatozoïde Y et d’un ovule, vous êtes un mâle. C’est ainsi. Et vous le serez toujours. Et il ne s’agit pas d’une construction sociale, mais bien d’un fait biologique. Vous n’y êtes pour rien mais vous n’y pouvez rien non plus : il est donc aussi inutile et vain de vous en plaindre que de vous en glorifier, car l’une et l’autre de ces attitudes ne changent fondamentalement rien à ce que vous êtes. Si vous pensez qu’il s’agit d’une erreur, que la Nature se trompe et qu’en réalité, vous êtes autre chose qu’un être humain de sexe masculin, vous avez tort et vous vous condamnez à une existence de malheur. Car quand une théorie ou une croyance se heurte au réel, ce n’est jamais le réel qui a tort. Et se convaincre qu’il puisse avoir tort est le plus sûr moyen de passer toute sa vie à regretter quelque chose qui ne sera jamais.

Cette posture implique également, outre l’acceptation de son être biologique, celle de son temps : il est inutile de rêver à d’autres périodes. Inutile d’être nostalgique d’un passé fantasmé. Inutile de croire à un Âge d’Or à venir. Ce qui compte, ce sur quoi nous pouvons agir, c’est l’ici et le maintenant.

Revenir au réel, c’est accepter qu’une idée ou une pensée qui n’a aucune application pratique ne sert à rien et qu’il convient de l’éliminer des ses raisonnements et de ses préoccupations : il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour; il n’y a pas d’engagement, il n’y a que des preuves d’engagement; il n’y a pas d’idéologie, il n’y a que des manifestations de cette idéologie. Le refus du virtue signaling implique qu’une chose n’existe et n’a de la valeur que si elle affecte et engage notre existence, à un degré ou à un autre. Cela peut sembler évident sur le papier : ça l’est moins dans les temps, étranges, que nous traversons, dans lesquels on peut, par exemple, se déclarer chrétien sans pratiquer la charité, ou socialiste en méprisant le peuple.

Vitalisme, vie, destin et mission

Puisque notre biologie détermine une partie de notre destin, puisque nous n’avons pas le choix de ce que nous sommes, puisque le réel nous veut tels qu’il nous façonne, la seule posture raisonnable est une posture à la fois nietzschéenne et stoïcienne : dresser ses propres désirs et apprendre à vouloir ce que le réel veut de nous. Puisque je suis un mâle, je ne peux trouver la réalisation de moi-même et, sinon le bonheur, du moins la satisfaction, que dans une vie de mâle la plus pleine, la plus riche de sens possible. Aller dans le sens que la Nature (ou Dieu, ce qui est la même chose : Deus sive Natura) a tracé pour moi et tenter d’être le meilleur mâle possible. Faire du mieux possible avec ce que la Nature me donne. Accepter, vouloir et embrasser la vie telle que j’en dispose, parce que je n’ai pas d’autre choix. Plus exactement : parce que tout autre choix n’est qu’une obéissance à une pulsion de mort, que ce soit pour moi ou pour le groupe humain auquel j’appartiens, et sans lequel ma vie est bien plus difficile, voire impossible.

Le consentement à son propre destin passe donc par l’acception de son idiosyncrasie, mais également par la recherche de sa mission, qui correspond à une recherche, finalement, de sa propre nature. Quelle est ma mission en ce monde ? Pour quoi suis-je fait ? Suis-je réellement destiné à être un pousse-bouton du tertiaire, un cadre commercial, un ouvrier en usine, un khey au RSA ? N’ai-je pas autre chose, quelque chose de plus noble et de plus grand, quelque chose qui corresponde à ma nature fondamentale, à ce que l’univers a inscrit en moi, au plus profond de moi ? La recherche de sa propre mission est une quête intérieure par elle-même. Qui êtes-vous ? Quel être sommeille en vous ? Un guerrier ? Un artisan ? Un prophète ? Un patriarche ? Un conteur ? Un mystique ? Il n’y a ni bonne ni mauvaise réponse mais une fois la réponse trouvée, il n’y a qu’une seule chose à faire : tenter d’être le meilleur possible dans la mission qui est la vôtre et faire, Éros aidant, éclore celui que nous pourrions être. Vous forger guerrier, artisan, prophète, patriarche, conteur, mystique… Sculpter cette statue dont vous êtes la pierre brute, et qui ne demande, pour émerger, que de la patience et de la détermination. Nous n’avons pas tous les mêmes dispositions naturelles, pas tous les mêmes génies, pas tous les mêmes penchants. Mais ce qui importe, c’est de faire de nos dons naturels des talents véritables, utiles à nous-mêmes comme à la société. Car il ne s’agit pas seulement de vivre : encore faut-il vivre la vie la plus complète et la plus accomplie possible, en accord avec notre nature.

vitalisme masculin

Construire une maison de ses mains, élever une famille et protéger ses terres…

Comprendre le rôle naturel de l’homme

En tant qu’homme, votre rôle traditionnel fondamental se résume aux trois P : Protéger, Procréer et Pourvoir. Guerrier, père et producteur. Et tous les trois sont issus de la Pulsion de Vie.

Protéger, c’est assurer l’existence et la sécurité de la tribu, élever les murs et les frontières entre “eux” et “nous”, être le rempart entre le clan et les barbares. C’est être le héros qui s’en va défier les monstres tapis dans les profondeurs des forêts et de l’inconscient. Regarder le dragon en face et soutenir son regard.

Procréer, c’est transmettre. Ses gènes, mais pas seulement ni exclusivement ses gènes. Transmettre son savoir, ses valeurs, sa culture, ses légendes. Étendre son existence au-delà de soi-même et goûter à l’immortalité, en étant certain que sa descendance, biologique ou spirituelle, continuera l’oeuvre après soi.

Pourvoir, c’est plier la matière aux besoins de la tribu. Construire, défricher, nourrir, vêtir. Veiller au patrimoine de la famille et de la tribu et l’administrer en bon père de famille. 

Il est frappant de constater à quel point ce rôle, millénaire, correspond aux impératifs d’Éros. Pour autant, nous ne vivons plus aux temps de la proto-histoire et ces missions sont, à bien des égards, contrariées.

Vitalisme et santé mentale

Être un homme sain et empli de principe vital aujourd’hui revient, bien souvent, à se trouver anachronique.

Que faire de ce rôle aujourd’hui ?

Que faire, en effet, d’un rôle auquel notre nature profonde et Éros nos poussent, tandis que tout, autour de nous, privilégie Tanathos ? Comment espérer mener une vie, sinon heureuse, du moins satisfaisante, quand tout ce qui fait notre être profond est contrarié, gêné, rendu plus difficile ? A ces questions, il n’y a pas de réponse simple et facile. Plus précisément, il y a une réponse simple mais difficile : lutter. 

Lutter pour chercher et trouver sa voie et sa mission, et s’y accrocher, une fois cette mission découverte.

Lutter pour ne pas collaborer. Ne pas participer aux vagues de Tanathos. Se retirer des mouvements et des habitudes malsains, que ce soit pour soi-même ou pour le groupe. Ne pas entretenir un système à bout de souffle et ne pas faire d’acharnement thérapeutique sur une société mourante.

Lutter pour ne pas céder : pour ne pas devenir un zombie, pour ne pas souffrir de son propre anachronisme. L’esprit de l’époque vous renverra en effet souvent l’idée que vos idées sont d’un autre temps, alors qu’en réalité, elles sont seulement atemporelles, éternelles et de tous les temps.

Lutter contre ses propres Pulsions de Mort : contre sa propre apathie, contre sa propre faiblesse, contre son manque de courage et contre les illusions qu’on se plait toujours à tisser devant ses propres yeux.

Lutter pour faire vivre Éros en soi et autour de soi : constituer une famille saine et protectrice, un clan fidèle, un cercle amical sûr et solide.

Lutter pour ne pas jeter l’éponge, pour ne pas renoncer, pour ne pas devenir un Dernier Homme, ni une Tarentule. Lutter pour rester humain, pour rester un homme, pour perdurer dans le temps.

vitalisme et pulsion de mort

La société contemporaine, fanatique du Principe de Mort, ne laissera derrière elle que des ruines, à partir desquelles il faudra reconstruire.

Lutter pour survivre, en tant que mâle et en tant qu’homme, dans un système qui prétend qu’il n’a plus besoin de virilité, et qui, d’un jour à l’autre, va s’écrouler faute de virilité. Ne pas nécessairement s’opposer à ce système de manière frontale : ce n’est que rarement utile. Mais lutter pour lui survivre. Car l’effondrement est inévitable : la spirale démentielle dans laquelle notre civilisation s’enfonce, cette passion pour Tanathos qui hante nos sociétés, dévorera tout ce qu’elle peut dévorer et ne laissera que ruines. Mais de ces ruines se lèveront ceux qui ont su conserver en eux le culte d’Éros. Et ceux-là reconstruiront le monde.

Illustrations : Natalya Letunova Will van Wingerden Faye Cornish NICO BHLR Erik Kossakowski

Martial
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