Vivre sans smartphone

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On peut vivre sans smartphone

Vers la fin du printemps dernier, mon vieux smartphone est mort. Trop de chocs, trop négligences de ma part. Qu’il repose en paix. J’avais largement les moyens de le remplacer ; pourtant, je ne l’ai pas fait. Sans doute avais-je envie de voir ce que cela peut faire, de ne plus dépendre de cette machine. Au bout de deux semaines, j’ai pris la décision de ne plus jamais me laisser posséder par un téléphone portable, et surtout pas par un smartphone. En effet, les bénéfices que je tire de cette non-possession sont cent fois supérieurs aux inconvénients qu’elle crée. Petit récapitulatif de ce que j’en ai tiré…

Pas de smartphone = plus d’argent

Entre le prix du téléphone et celui de l’abonnement, j’ai économisé un minimum de 1000 euros, rien que pour la première année. Mille euros, c’est par exemple le prix d’un nouvel ordinateur, ou encore celui d’une semaine de vacances avec ma femme dans un joli petit hôtel. C’est aussi plus de deux mois de budgets courses alimentaires pour notre ménage. Bref : ça n’est pas négligeable.

Bien sûr, les années suivantes, je n’économiserai que le prix de l’abonnement. Mais ça n’est déjà pas si mal : à 30 euros par mois, ça donne 360 euros par an. 

Pas de smartphone = plus de responsabilité

Posséder un téléphone portable, c’est s’autoriser à être moins responsable, et autoriser les autres à l’être : après tout, puisque vous pouvez joindre qui vous souhaitez quand vous le souhaitez, il devient possible, par exemple, de ne pas honorer un rendez-vous et de prévenir au dernier moment. Désormais, c’est impossible : si je m’engage à me trouver dans tel lieu à telle heure, je dois y être, n’ayant, hormis mon téléphone fixe (donc uniquement quand je suis chez moi) plus la possibilité de joindre la personne durant le trajet. Il m’est donc impératif de tenir mon engagement.

De même, les gens n’ont plus la possibilité de me prévenir dix minutes avant que finalement ils ne viendront pas. Or, tout le monde sait très bien que dans 90% des cas, la seule motivation pour annuler in extremis un rendez-vous pris sont la flemme ou le fait qu’une meilleure opportunité se soit présentée. En quelques mois, cela m’a permis de juger du sérieux ou de la futilité de plusieurs personnes.

Pas de smarphone = plus de liberté

Je n’ai plus de fil à la patte : si je dis à ma femme que je sors, elle sait que je sors ; elle sait aussi que je rentrerai, à l’heure dite si je lui ai précisé un horaire, à une heure de ma convenance si je ne lui ai rien précisé. Mais il lui est impossible de m’appeler pour demander mon attention tandis que je suis occupé à autre chose.

Impossible, également, d’être dérangé dans ce que je fais par un coup de fil intempestif d’un parent, d’un ami ou d’un collègue : les gens savent que je ne suis joignable que de chez moi ; ils sont donc obligés de respecter cela, de n’appeler qu’à des heures correctes et réalistes.

Ne plus être accroché à son smartphone, c’est donc signifier à ses proches et à ses fréquentations : « Ma vie m’appartient. Je veux bien vous consacrer du temps mais sauf urgence réelle, c’est de telle heure à telle heure. Sinon, vous pouvez toujours me laisser un message sur le répondeur. »

De fait, dans une vie normale, rien n’est urgent à la minute près ; aucune nouvelle n’est si brûlante qu’on ne puisse attendre le soir pour me la communiquer, ni me la faire passer par e-mail. Je ne suis ni médecin urgentiste, ni trader, ni flic, ni dealer : rien dans ma vie professionnelle ne m’oblige donc à être disponible à tout instant et en tout lieu.

Pas de smarphone = plus de temps

Le téléphone portable ne fait pas gagner de temps : au contraire, il en dévore. Surtout le smartphone. A coup de cinq minutes par ici, deux minutes par là, c’est près d’une demi-heure par jour que j’économise désormais.

Durant les trajets en transports, le temps que je passais à lire des conneries sur le web, à échanger des SMS sans intérêt ou à liker des lolcats est désormais consacré à des livres ou à des journaux.

Mes navigations internautiques se font maintenant de chez moi, sur un temps réservé à cela. Elles ne se mélangent plus au reste de ma vie et s’inscrivent dans un planning global. Mon contrôle sur ma propre existence s’en est grandement amélioré.

Pas de smartphone = plus d’attention

Désormais, dans la rue ou les transports en commun, si je ne lis pas, je suis attentif à mon environnement. Non seulement c’est une bonne chose en termes de sécurité personnelle, mais ça me permet également d’observer les gens (bon, d’accord, surtout les femmes), de profiter de la ville, de repérer des coins auxquels je n’avais pas prêté attention jusqu’ici.

Je me rends compte également du déficit d’attention global que génère la dépendance générale au smartphone : la plupart des gens ne se regardent pas, ne se parlent pas, restent cloîtrés dans leur petit univers pixellisé et onaniste. En refusant cette servitude, j’ai le sentiment de m’élever au-dessus de la mêlée, de la masse des zombies baveux et décérébrés.

Pas de smarphone = plus de style

L’absence de smartphone m’a obligé à renouer avec des pratiques « archaïques » mais qui, bien menées, assurent une classe certaine :

  • le carnet et l’agenda : je me trimbale désormais avec un carnet et un crayon, que je sors de la poche de ma veste quand j’ai besoin de noter un numéro, une adresse, un rendez-vous. Je l’ai choisi petit, sobre mais élégant, en maroquin brun. J’ai également fait l’acquisition d’un agenda, sur lequel je note rendez-vous, programmes de sport, événements à ne pas manquer, etc. Je trouve cela à la fois bien plus élégant et bien plus agréable que mon ancienne appli HiTask. Accessoirement, lorsqu’au terme d’une conversation je propose à une personne de la revoir ultérieurement, il n’y a plus de « Bon ben on s’appelle et on fixe une date, hein. » (qui, on le sait bien, signifie « J’aime bien l’idée de te revoir mais je n’ai pas envie de m’engager sur une date précise » ou « Je n’ai pas envie de te froisser mais en fait je m’en fous ») : désormais, je sors l’agenda et prends immédiatement note de la date et de l’heure ; cela me permet d’être au clair dans mes rendez-vous d’une part, et d’autre part de tester la motivation réelle de la personne que j’ai en face de moi : si, dans le mois qui vient, elle n’a aucun créneau raisonnable disponible, autant laisser tomber. Ceci vaut aussi bien dans un cas comme le mien (professionnel et amical) que pour un dragueur.
  • la carte de visite : j’en ai bien entendu au boulot. Mais j’ai décidé de me faire imprimer des cartes de visites personnelles. Désormais, quand je rencontre une personne avec qui je souhaite rester en contact par la suite, je lui laisse ma carte. Un geste un rien suranné, mais élégant et qui engendre  toujours son petit effet.

Pas de smarphone = plus de rapports humains

Cet aspect ne m’est pas apparu immédiatement. En premier lieu, je pensais même que ce serait le contraire. Mais finalement, le fait de ne plus avoir de téléphone portable m’oblige à être plus présent, plus ouvert et moins lâche dans mes rapports humains :

  • quand un proche ou une connaissance est hospitalisé, je vais désormais le voir, au lieu de me contenter d’un coup de fil à la pause café ;
  • quand quelqu’un que je connais ne va pas bien, je vais boire un verre avec lui, et lui consacre, une heure durant, toute mon attention, au lieu de l’écouter d’une oreille distraite, le téléphone en mode haut-parleur, grognant « Hum hum … oui, je comprends… » toutes les trois minutes tout en faisant autre chose.
  • mes conversations ne sont plus interrompues par des SMS, des nouveautés Facebook ou autres. Et je trouve foncièrement grossiers les gens qui laissent leurs rapports humains se faire parasiter par ces merdes.

 

Le smartphone fait de vous un autiste

La vie, la vraie vie, c’est ce que vous ratez parce que vous regardez votre smartphone.

Des points négatifs ?

Honnêtement, je n’en ai pas trouvé.

Le principal souci que je puisse ressentir, c’est dans le cadre professionnel : il est en effet plus pratique, dans bien des cas, d’être joignable durant mes déplacements. Mais ces déplacements sont, dans l’ensemble, assez rares, et le besoin de me joindre finalement assez futile : à l’instant où j’écris ces lignes, je suis dans le train entre Montpellier et Paris, pour assister à un salon professionnel qui va durer plusieurs jours. Interdit de téléphoner dans le TGV. Portable en silencieux durant le salon. Finalement, avec ou sans téléphone portable, le résultat est le même : mes collègues peuvent me joindre par mail ou à l’hôtel. La seule différence, c’est qu’avec un téléphone portable, je suis en mesure, entre ma sortie du train et mon entrée dans le métro, de perdre dix minutes pour écouter un message, rappeler, puis indiquer à mon assistante de m’envoyer les infos par e-mail et que je les regarderai ce soir. C’est-à-dire, finalement, capable de perdre dix minutes pour parvenir au même résultat que si je n’avais pas de portable.

La seule chose qui me manque réellement, c’est la fonction GPS et carte. Je reconnais que c’est bien utile. Mais d’un autre côté, en être privé m’oblige à planifier mes déplacements de façon plus efficace, à développer mon sens de l’orientation et à ne pas hésiter à arrêter une personne dans la rue pour lui demander mon chemin. Dans l’ensemble, malgré le léger inconfort, ça n’est donc que du positif.

Un bémol : si j’étais plus jeune et/ou en chasse, ne pas avoir accès à des services comme Tinder ou Adopteunmec me semblerait sans doute frustrant, car il s’agit d’outils faciles et pratiques pour rencontrer des femmes. D’un autre côté, cela m’obligerait également à sortir davantage et à aborder des fille dans la vraie vie du dehors, celle sans pixels. Je ne pense pas que ce serait un mal.

En conclusion

Il n’est pas exagéré de le dire : abandonner le téléphone portable a amélioré mon existence à de nombreux égards. Je ne regrette aucunement ce geste et suis prêt à le recommander à tous. Le smartphone est, fondamentalement, une saloperie qui vous éloigne du réel. Or, on peut considérer comme bonne et positive toute initiative qui vous ramène à la réalité des choses : tant que vous chassez des Pokémons, vous ne vous occupez pas de votre propre vie.

Je ne conseille pas forcément à tout le monde d’imiter mon exemple ; mais, au moins durant une petite période de vacances, je ne peux que vous encourager à essayer : éteignez votre téléphone, rangez-le au fond d’un tiroir et décidez que vous ne le ressortirez que dans une ou deux semaines. Si vous parvenez à aller au bout de ce temps sans craquer, il y a fort à parier que vous décidiez, sinon de le jeter aux orties, du moins de limiter considérablement vos interactions avec cette machine.

Julien
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